« L’immobilisme est en marche… »

Comme cela a été mentionné plusieurs fois sur ce blog, j’écoute régulièrement France Culture et tout particulièrement le matin quand je vais au travail. A partir de 7h50, cela est pratiquement systématique (JM Apathie et G Carlier m’ennuient). La chronique de P Meyer est souvent un moment de plaisir. Celle du 26 janvier était remarquable. En préparant ce billet, j’ai pu constater que cet avis était partagé puisque je l’ai retrouvé reproduite quasiment in extenso sur un blog : « http://bboeton.wordpress.com/« . Je me suis permis de la télécharger. Vous la trouverez ci-dessous :

« L’immobilisme est en marche… »
(…) Mr Chatel, Ministre de l’Education nationale, a fait savoir hier qu’il avait conclu un accord avec les syndicats représentant les chefs d’établissements scolaires, accords aux termes duquel Principaux et Proviseurs (de lycées et collèges) pourront après évaluations, recevoir une prime récompensant leurs performances. C’est une mesure qui va directement en sens inverse de la direction qu’indiquent les plus récentes études, publiques ou privées : qu’il s’agisse des recherches publiées récemment par l’OCDE ou de celles conduites par le Cabinet de Conseils MacKinsay, ces travaux mettent en lumière une condition incontournable pour la conduite et la réussite d’une politique scolaire, et cette condition, c’est la décentralisation des décisions, des projets, de l’élaboration des objectifs et des programmes d’intégration des élèves en grande difficulté.
Et quand il est question de décentralisation sous la plume des responsables de ces recherches, conduites sur de longues périodes et dans plusieurs dizaines de pays, il ne s’agit pas de faire glisser le niveau de décisions de l’Etat à la Région, ni de la Région aux Départements, ni du Département à la Municipalité, il s’agit de le faire descendre au niveau de l’établissement de l’enseignement. « Les systèmes éducatifs continuent à s’améliorer lorsque l’administration centrale accroit les responsabilités et les marges de manœuvre des établissements pour adapter les pratiques d’enseignement à la réalité locale », écrit par exemple le Rapport McKinsay, qui fourmille d’exemples à l’appui de cette conclusion.
A qui fera-t-on croire qu’une prime attribuée par l’administration centrale de l’Education Nationale, l’une des plus pléthoriques et des plus « édredonnesques » de nos administrations, aura d’autres effets que celui de renforcer cette centralisation qui, pour reprendre le mot de Lamennais, « organise l’apoplexie au centre et la paralysie aux extrêmités ».
La décision de Mr Chatel  ressortit non pas d’un examen ouvert et audacieux des réalités de ce terrain, auquel aiment tant se référer les soi-disant « pragmatiques », mais d’une idéologie faussement modernisatrice. Il ne s’agit pas d’améliorer l’école, mais de montrer que le ministre met ses pas dans ceux de l’alignement progressif des pratiques de la fonction publique sur celles du privé, en développant les rémunérations variables liées aux performances, et notamment les rémunérations des personnels d’encadrement.
Mais si les performances continuent à être définies in abstracto par l’administration centrale, les primes de résultats iront à ceux qui savent lui complaire, quitte à maquiller les statistiques, puisque les statistiques sont désormais le seul mode de connaissance de la réalité que prennent en considération les politiques.
L’un des syndicats qui a refusé de signer l’accord dont se félicite Mr Châtel, parle de « prime à la servilité » : le mot est sans doute inutilement blessant pour leurs collègues, il aurait suffi de parler de « prime au conformisme ». Nous aurons au Ministère quantité de chefs d’état-major, qui feront d’aussi beaux plans de campagne qu’en élabora jadis le général Nivelle lors de l’offensive du « Chemin des Dames » (guerre de 1914) et qui, comme cette fameuse ganache, récompenseront ceux qui leur donneront raison contre les faits les plus têtus et les plus répétitifs.
La modernisation, c’est la décentralisation des décisions et la responsabilisation des acteurs.
 Le reste est un boniment infatué et je propose à Mr Châtel d’adopter pour devise cette phrase qu’on attribue à un ministre de la IV ème République : « L’immobilisme est en marche :
 rien ne saurait l’arrêter. »

PS. On peut remplacer les mots « Education Nationale » par « Ministère de la Santé », « ARS » ou CHU, le résultat sera le même.

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Un commentaire

  1. Ronan
    Publié le 23 juillet 2011 à 23:12 | Permalien

    Le ministre de la 4ème était Edgar FAURE, un homme très éclairé. Voir son site web sur Google.
    Merci pour votre Blog.

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