Le livre du Docteur Dupagne (voir ci-dessous) m’a donné l’envie de faire une petite recherche sur Internet sur ‘l’Evidence-based médecine’ ou très souvent appelé médecine par les preuves. On trouvera un article très bien fait sur Wikipédia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Médecine_fondée_sur_les_faits
Une première difficulté vient sans aucun doute dans la traduction. Si « medecine » et « based » ne semble pas poser de problème, « Evidence » semble beaucoup plus ambigu. Si certes la traduction de « évidence » par « preuve » semble logique, on ne peut s’éviter de penser qu’il y a peut-être là un faux ami. La lecture de l’article de Wikipédia le confirme.
Reprenons un paragraphe de cet article : « Evidence peut se traduire par données probantes (au pluriel). « Evidence » peut également se traduire par preuves (au pluriel), ce qui est probant, c’est-à-dire ce qui fonde l’expertise du clinicien en conjonction avec la recherche clinique dite « externe », et non pas, comme on le croit fréquemment, les seules données probantes issues des recherches cliniques extérieures à l’expérience et au jugement spécifiques du médecin : « Sans l’expertise clinique, la pratique risque de tomber sous la tyrannie de la preuve, puisque même les plus excellentes preuves externes peuvent être inapplicables ou inappropriées au patient [spécifique dont nous avons la charge] ». En d’autres termes, pour que les données soient probantes, elles doivent être évaluées tant de l’intérieur que de l’extérieur de la dyade patient-médecin. « Evidence » renvoie à ces deux impératifs. »

Toujours dans ce même article , « la médecine fondée sur les faits conjugue :
- L’expertise du clinicien. « Par expertise clinique individuelle, nous entendons la compétence et le jugement que chaque clinicien acquiert par l’expérience et la pratique cliniques. L’expertise se manifeste de plusieurs manières, mais surtout par des diagnostics efficaces et efficients ainsi que par un discernement approfondi et de la compassion dans son attitude face au ».
- Le patient. « patient, l’épreuve qu’il ou elle vit, ses droits, et ses préférences ».
- Les meilleures données cliniques externes. « Par meilleures données cliniques externes, nous entendons les recherches pertinentes sur un plan clinique, souvent issues de la recherche médicale fondamentale, mais surtout des recherches cliniques sur les tests diagnostiques centrés sur le patient (y compris les examens cliniques) les plus exacts et précis, sur la puissance des marqueurs pronostiques, et enfin sur l’efficacité et l’innocuité des schémas thérapeutiques, de réadaptation et de prévention. » »
Comme nous venons de le voir, « l’Evidence-based médecine » que l’on doit à Guyatt G (voir infra) semble avoir échappé aux concepts de son fondateur du moins dans la traduction « Médecine par les preuves » (la traduction par « Médecine fondée sur les faits » ne semble qu’un faible progrès). Peut-être faudrait se contenter en français de « Médecine par l’évidence » ? Mais reconnaissons que dans sa formulation d’origine, elle est une approche très raisonnable de la médecine.
Guyatt G, Cairns J, Churchill D, et al. [‘Evidence-Based Medicine Working Group’] « Evidence-based medicine. A new approach to teaching the practice of medicine. » JAMA 1992;268:2420-5.
3 Commentaires
En effet, l’Evidence Based Medicine est bien difficile à traduire. Mais au delà de la traduction de ces trois mots, il y a la compréhension du concept qui pose problème. Beaucoup n’ont retenu que l’ensemble des évidences, et tiennent pour négligeables, voire vulgaires, l’expérience du clinicien et les préférences du patient. Pourtant, des acteurs importants de l’EBM avaient prévenu très tôt qu’il « monteraient sur les barricades » avec ceux qui seraient tentés de faire de l’EBM un recueil de recettes à soigner.
Toutes ces théories sur l’amblyopi me font bien rire. J’avais un oeil amblyope dénoncé par de nombreux ophtalmo durant 55 ans. Je suis allée chez un ostéopathe à Marseille qui a trouvé que j’avais un nerf de l’oreille « coincé ». Je n’ai pas du tout cru à son histoire mais en sortant de son cabinet, mon oeil amblyope y voyait parfaitement. J’ai jeté mes lunettes et consulté: ca n’a servi à rien, chacun étant convaincu que je n’avais jamais eu d’amblyopie puisque, à leur connaissance, à l’âge adulte, on n’en guérit pas… Dommage pour les mal voyants…
Je pensais, naïvement sans doute, qu’un médecin spécialiste en ophtalmologie aurait au moins la curiosité de poser des questions sur cet oeil qui s’est brusquement mis à voir après 55 années d’amblyopie… Quand je pense à tous ces enfants dans les instituts pour non voyants pour qui cette simple manip pourrait peut-être rendre quelques dixièmes de vue, j’enrage…